Et si la meilleure protection contre l’IA, c’était d’accepter de ne pas se transformer en robot ?

L’IA en 203, collègue idéal ou futur boss ?
Table ronde : « L’IA en 2030, collègue idéal ou futur boss ? » à Talents For The Planet mardi 9 juin 2026.

➡️ L’intelligence artificielle est une rupture technologique qui provoque un séisme dans le monde de l’entreprise, notamment dans sa dimension métier. C’est du moins le consensus qui s’est établi parmi les experts.

➡️ En revanche, les prospectives à long terme sur l’impact de l’IA sur le marché du travail, les métiers ou tâches qui seront remplacés, ou pas, restent incertaines. Et c’est peut-être là que réside notre marge de manœuvre à tous.

➡️ Les compétences cognitives sont touchées, mais jusqu’à quel niveau ? Les métiers manuels semblent plus à l’abri, mais c’est sans compter sur les progrès croissants de la robotique.

Finalement, qu’est-ce qui échappera à l’intelligence artificielle ?

Mardi au CENTQUATRE-PARIS paris, lors du salon TALENTS FOR THE PLANET , j’ai eu le plaisir d’assister à la conférence « L’IA en 2030, collègue idéal ou futur boss ? » avec Muriel Pénicaud , ancienne ministre du Travail, olivierbabeau, président-fondateur du think tank Institut Sapiens et professeur, Anne du Crest, directrice Formation Groupe Veolia, et veronique Saubot directrice générale de Simplon.co.

❓À l’issue des échanges, Emma Gleyen, vice-présidente du Bureau national des étudiants en école de management (BNEM) et animatrice de la table ronde, a posé une question clef : « Quelles sont les compétences humaines à développer » pour trouver sa juste place aux côtés de l’IA ?

👉🏻 Muriel Pénicaud a cité la curiosité, évoquant la nécessité d’apprendre à apprendre, eu égard à la durée de validité des compétences, passée de 30 ans en 1987 à 2 ans aujourd’hui.

👉🏻 Véronique Saubot a mis en avant la créativité, cette extraordinaire capacité que nous avons de repousser les frontières.

👉🏻 Anne du Crest a évoqué la nécessité de cultiver la relation et la joie du collectif.

👉🏻 Olivier Babeau a parlé du sens de l’effort, en alertant sur le danger de l’abdication cognitive. Il y a deux façons d’utiliser l’IA : la façon paresseuse, et le mode maïeutique.

Derrière le mantra remettre l’humain au cœur de l’organisation

➡️ Remettre l’humain au centre de nos organisations n’est pas un concept nouveau. Mais ce mantra n’est-il pas le symptôme du comblement orchestré de tous ces interstices où, justement, l’humain se glissait dans le travail ?

➡️ Car mettre l’humain au centre, c’est aussi s’exposer à des prises de décision subjectives, à un risque juridique, à moins de performance, à de l’incertitude, à des réponses singulières et non standardisées. C’est faire avec les aléas et les intériorités de chacun.

Nous nous sommes robotisés

➡️ Pour des raisons diverses, nos métiers se sont peu à peu enfermés dans des processus, des carcans, et ce, jusque haut dans les hiérarchies. Nous nous sommes robotisés, et nous l’avons tous accepté : il doit y avoir quelque chose de rassurant là-dedans. Comme si nous avions troqué la possibilité de mettre une part de nous-mêmes dans ce que nous faisons contre la sécurité d’un process bien rodé et automatisé.

🚨 Sauf que ça, l’IA sait le faire.

👉🏻 Le soignant qui enchaîne les actes sans prendre en compte la complexité de l’interaction avec son patient sera facilement remplacé par un robot bien entraîné. L’investissement sera lourd au départ, mais s’avèrera très rentable par la suite.

👉🏻 Le journaliste qui ne se déplace plus sur le terrain pour enquêter, comprendre avec son intellect, mais aussi son corps et ses émotions, et se contente de retravailler des dépêches d’agence, et de vérifier les informations avec ses logiciels préférés, est facilement remplaçable.

👉🏻 Le recruteur qui ne prend plus en compte cette petite étincelle aperçue dans un regard et se contente de cocher les cases d’une check-list est déjà remplacé. C’est dommage, car un recruteur humain lutte contre ses propres biais, là où l’IA y fonce tête baissée.

👉🏻 Le dirigeant qui fera appel à l’IA parce qu’il n’aura plus confiance en sa propre capacité à lire les signaux faibles et les situations complexes perdra sa légitimité.

👉🏻 L’écrivain qui ne triturera pas chaque mot jusqu’à ce qu’il sonne juste avec son histoire et sa représentation du monde est substituable par les LLM (Large Language Models).

Ne pas se faire remplacer par l’IA, c’est peut-être accepter de ne pas devenir un robot

➡️ Ne pas se faire remplacer par l’IA, c’est peut-être accepter de ne pas devenir un robot. C’est réapprivoiser ce qui fait de nous des êtres humains au travail. C’est réveiller ce je-ne-sais-quoi qui nous différencie des algorithmes, et renoncer à être aussi performants qu’eux.

Remettre l’humain au centre c’est tolérer une forme de chaos

➡️ Nous entrons alors dans une forme de résistance contre nous-mêmes. Remettre l’humain au centre, c’est renoncer à un certain ordre et accepter une forme de chaos : naviguer dans la complexité des perceptions, des relations et du questionnement. Et ça, nous n’aimons pas.

➡️ Lorsque Muriel Pénicaud rappelle que la validité d’une compétence est passée de 30 ans à 2 ans en moins de quarante ans, une question s’impose : n’est-il pas temps de remettre au goût du jour les sciences humaines ? Longtemps dénigrées, qualifiées de « sciences molles » en opposition aux « sciences dures », celles qui ouvrent le plus de débouchés et qui offrent une lecture simple du réel, elles offrent pourtant une formation remarquable pour comprendre le monde, éveiller la curiosité, cultiver le sens de l’effort, saisir la complexité des situations, s’ouvrir à la créativité et cultiver le collectif à travers le débat d’idées.

📜 À quand le retour des Humanités ?

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